Ali Larijani : l’homme qui dirige l’Iran dans l’ombre de la guerre – pourquoi son ombre grandit si vite ?

En ce 17 mars 2026, le nom d’Ali Larijani revient en force dans les recherches et les analyses géopolitiques. Au cœur d’une guerre ouverte avec Israël et les États-Unis entrée dans sa troisième semaine, le secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale iranien multiplie les déclarations incendiaires : lettre ouverte accusant les pays musulmans de silence complice, moqueries sur un supposé « réseau Epstein » à Washington, menaces voilées contre Donald Trump, et affirmations répétées que Téhéran ne pliera pas. Mais derrière ces sorties publiques, une réalité bien plus troublante émerge : depuis l’assassinat d’Ali Khamenei fin février, Larijani semble être devenu l’homme qui tient réellement les rênes du pouvoir à Téhéran.
La situation est inédite. Après la frappe qui a éliminé le Guide suprême et une partie de la vieille garde, un conseil intérimaire a été annoncé, mais dans les faits, c’est Ali Larijani qui pilote la réponse militaire, les négociations indirectes, la répression interne et les contacts avec Moscou ou Doha. Il apparaît à la télévision d’État, assiste aux grandes manifestations comme celle de Qods à Téhéran malgré les frappes persistantes, et publie des messages sur X qui oscillent entre défi et provocation calculée. Il dément toute demande de négociations avec Washington via Oman, rejette en bloc les rumeurs de pourparlers secrets, et promet une « guerre d’usure » qui fera regretter à l’ennemi sa « grave erreur de calcul ».
Ali Larijani n’est pas un inconnu. À 67 ans, ce vétéran issu d’une famille cléricale influente a occupé presque tous les postes clés : négociateur nucléaire sous Khatami, commandant des Gardiens de la révolution, président du Parlement pendant douze ans, conseiller stratégique de Khamenei. Pragmatique, il a toujours su naviguer entre factions rivales – réformateurs, conservateurs, Gardiens – sans jamais rompre avec le système. Nommé à la tête du Conseil suprême de sécurité nationale en 2025, il avait déjà repris un rôle central dans la gestion des crises. Aujourd’hui, dans le chaos post-Khamenei, il incarne la continuité du régime tout en apparaissant comme le seul capable de maintenir la cohésion face à l’effondrement potentiel.
Ce qui frappe, c’est la vitesse à laquelle il a consolidé son emprise. Des sources internes évoquent un homme qui a anticipé la disparition du Guide suprême depuis des mois, préparant des plans de survie, de répression et même de négociations discrètes. Il gère la riposte militaire, contient les dissidences internes, coordonne avec la Russie et tente de maintenir un front uni malgré les divisions entre Mojtaba Khamenei (nouveau Guide) et d’autres clans. Pourtant, ce pragmatisme cache une ligne dure : il refuse toute concession majeure aux États-Unis, accuse les pays arabes de lâcheté et promet une réponse qui rendra le détroit d’Ormuz « un lieu de défaite pour les fauteurs de guerre ».
Sur les réseaux et dans les cercles iraniens exilés, les réactions sont polarisées. Les uns le voient comme le sauveur du régime, un « Kennedy iranien » capable de sauver la République islamique. Les autres le dénoncent comme un opportuniste impitoyable, architecte de la répression sanglante des manifestations de janvier 2026 et artisan d’une ligne dure qui prolonge la guerre. Sur X, ses posts recueillent des milliers de partages, entre soutien fervent et accusations de trahison. En Occident, on le présente comme un philosophe (il a écrit sur Kant) devenu bourreau, un mélange déconcertant de raffinement intellectuel et de brutalité stratégique.
Pourquoi Ali Larijani domine-t-il autant les débats en ce moment ? Parce que l’Iran est à un tournant existentiel. La guerre fait rage, l’économie est asphyxiée, les frappes continuent, et le régime vacille. Dans ce vide, Larijani représente à la fois la continuité idéologique et la possibilité d’un pragmatisme tactique – peut-être même une ouverture déguisée vers des négociations indirectes malgré ses dénégations publiques. Son influence croissante pose une question cruciale : va-t-il stabiliser le régime au prix d’une guerre longue et coûteuse, ou deviendra-t-il l’homme qui négociera en coulisses une sortie de crise ?
Pour l’instant, il tient les fils. Mais dans un système où la loyauté se paie cher et où les rivaux guettent, combien de temps pourra-t-il rester au centre sans devenir la prochaine cible ? La réponse pourrait redessiner l’avenir de l’Iran – et du Moyen-Orient – pour les années à venir.