Oman : le petit sultanat qui tient en échec la diplomatie mondiale – et personne ne le dit ouvertement

oman pays

Alors que le Moyen-Orient s’embrase entre tensions Iran-USA, escalade au Yémen et les suites encore fumantes de Gaza, un acteur se déplace dans l’ombre avec une discrétion presque irritante : Oman. Le sultanat, souvent réduit à un « neutre de luxe », devient le pivot invisible de trop de dossiers brûlants. Et ces dernières heures, avec la mort de trois touristes français dans le naufrage d’un bateau au large de Mascate (une nouvelle qui fait le tour de l’Europe), l’attention internationale s’est de nouveau posée sur ce pays qui paraît petit sur la carte mais pèse énormément dans les équilibres réels.

Le contexte donne le vertige. En janvier 2026, Oman a lancé son Onzième Plan quinquennal de développement (2026-2030), un plan à milliards qui accélère la Vision 2040 : diversification furieuse, investissements étrangers records (IDE en hausse de 12,8 % en 2025), accords spatiaux avec Astranis pour un satellite souverain, CEPA avec l’Inde tout juste signé. Parallèlement, le sultanat a accueilli le troisième dialogue stratégique USA-Oman, signé un accord pour un centre financier international et continue d’injecter des milliards dans les infrastructures logistiques. Mais ce n’est pas seulement de l’économie : c’est de la géopolitique déguisée en carte de visite.

Le vrai rôle d’Oman se joue en coulisses. Mascate est le seul acteur régional qui parle en même temps à l’Iran, aux Houthis, aux États-Unis, à l’Arabie saoudite, à Israël (sans fanfare) et même aux rebelles yéménites du sud. Ces derniers mois, il a contribué à désamorcer la crise USA-Houthis en mer Rouge (mai 2025), a médiatisé pour éviter une attaque américaine directe contre Téhéran (janvier 2026, avec des pressions coordonnées depuis Riyad, Doha et Mascate), et gère désormais avec une extrême prudence la dérive sécessionniste dans l’est du Yémen, où Al-Mahra à la frontière est devenue une poudrière pour la sécurité omanaise. Neutralité ? Oui, mais armée de relations que personne d’autre ne possède.

Et c’est là qu’entre le chapitre « Oman pays ». Il ne s’agit pas de pots-de-vin ou de corruption (aucune accusation crédible n’existe), mais d’un investissement stratégique hyper-calculé : aides humanitaires, infrastructures partagées, canaux de dialogue financés, présence économique dans les zones chaudes. Mascate « paie » pour acheter de la stabilité, de l’accès et de l’influence. De l’argent qui sert à garder ouvertes des portes qui se fermeraient autrement : avec les Houthis pour éviter un afflux de réfugiés à la frontière, avec l’Iran pour maintenir un canal anti-escalade, avec les États-Unis pour rester un interlocuteur fiable. C’est de la diplomatie économique à haut risque : le sultanat investit des milliards pour ne pas se faire écraser entre les géants.

Pourquoi tout cela explose précisément maintenant ? Parce que 2026 est l’année zéro de la nouvelle instabilité régionale : Iran affaibli intérieurement mais toujours menaçant, Yémen fragmenté après l’avancée du STC et le retrait saoudien, mer Rouge encore vulnérable, Israël qui regarde au nord et à l’est. Oman n’est plus le « pays ennuyeux » du Golfe : c’est le pays qui peut faire échouer ou réussir une désescalade. Et l’Europe, l’Italie en tête, devrait trembler : 40 % de notre gaz passe par le détroit d’Ormuz, où Mascate exerce une influence directe.

Les réactions sont contrastées. Les analystes occidentaux saluent la « neutralité intelligente », mais murmurent qu’Oman devient trop indispensable – donc vulnérable. À Riyad et Abu Dhabi, il y a de l’agacement : le sultanat parle à tout le monde, mais ne se range jamais complètement. À Téhéran, on l’apprécie, mais on le surveille. Et à Washington, on l’utilise, mais on ne lui fait pas entièrement confiance.

Pour l’Italie et l’Europe, l’enjeu est énorme. Eni a des intérêts croissants à Oman (blocs exploratoires, gaz), nos entreprises logistiques regardent le port de Duqm comme alternative à Suez, et la sécurité énergétique dépend d’une mer Rouge stable. Si Mascate perd son rôle de coussin, le risque pour nos approvisionnements explose. Pourtant, dans nos médias, Oman reste une note de bas de page.

À la fin reste la question que peu osent poser à voix haute : jusqu’à quand un pays de 5 millions d’habitants pourra-t-il continuer à faire office d’aiguille de la balance dans un Moyen-Orient devenu fou ? Ou peut-être la vraie question est-elle : que se passera-t-il quand Oman décidera d’arrêter de payer la facture pour tout le monde ?